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de 2002 à 2010

LDH - débat

De l’imposture à la posture !

Prévention, Contrat Local de Sécurité et aide aux victimes par Laurent Boudereaux

samedi 5 juillet 2003

Prévention, Contrat Local de Sécurité et aide aux victimes.

Secrétaire adjoint des Verts Paris lors de la conférence.

Débat du 23 juin 2003 organisée par la LDH, en présence de Michel TUBIANA (Président de la Ligue des Droits de l’Homme) et Laurent MUCCHIELLI (Sociologue)

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Intervention de Laurent BOUDEREAUX, Maire-Adjoint VERT du 20éme arrondissement de Paris

La sécurité et l’insécurité, thèmes si médiatiques, déchaînent les passions politiques et citoyennes. Mais de quoi parle-t-on au juste ? Avant de répondre à cette question, peut être faut il s’interroger sur ce qu’est réellement une société sécuritaire et par conséquent savoir si nous vivons dans une telle société ? Je ne vois pour ma part guère plus d’uniformes à nos carrefours que par le passé et ne crois par conséquent pas que nous soyons dans une société sécuritaire au sens où la police serait omniprésente.

Il s’agit là d’une imposture, de celles qui déforment les débats, d’un piége qui était tendu à la gauche lors des dernières élections. De ce point de vue, la droite a remporté la bataille en imposant le terme sécuritaire dans le discours. Pour autant si la société que nous propose l’actuel ministre de l’intérieur ne peut à mon sens être qualifiée de sécuritaire, comment alors la qualifier ?

Répressive serait le premier qualificatif qui me vient à l’esprit. Nous vivrions de fait dans une société répressive. Qui d’ailleurs pourrait s’en plaindre hormis les bandits et délinquants qui enfreignent la loi et par conséquent savent à quoi se tenir ? Ceci étant je ne suis pas non plus absolument certain que la société d’ aujourd’hui soit plus répressive qu’elle ne l’a été avant l’arrivée de notre nouveau ministre de l’intérieur. La loi et les sanctions pour ceux qui l’enfreignent existaient bien avant le mois de mai 2002.

Une deuxième imposture fait jour. La droite appliquerait la loi. Sous entendus que la gauche ne le faisait pas. Alors que c’est il passé ? Qu’y a-t-il alors de si différent dans notre société ? Qu’est ce qui a changé en France depuis l’arrivée de ce gouvernement ? Il semblerait que tout tienne dans une question de posture et de facilité. Que n’avons-nous gloser sur l’hyperactivité de notre nouveau ministre de l’intérieur dés son arrivée Place Beauvau. Il était partout !

Au Bois pour sa première sortie sur le terrain, dans les commissariats, sur TF1, en corse, bref ne voyions que lui, partout. Cette omniprésence du ministre camoufle le fait que la police reste aujourd’hui la même qu’hier, avec ses hommes, les mêmes, ses pratiques, les mêmes, ses doutes et ses missions. Il y a pourtant bien quelque chose de changé. Peut être faut il chercher du coté des cibles de ce nouveau ministre. Jeunes, Prostituées, Roumains, SdF et aujourd’hui syndicalistes, sont devenus les boucs émissaires de notre société selon l’actuel ministre de l’intérieur. Pour ceux là oui le répressif veut dire quelque chose. Pour autant cette désignation à la vindicte populaire règle-t-elle réellement, profondément le malaise de notre société ?

Crois-t-on réellement que le fait de confisquer son scooter à un jeune de cité va régler ses problèmes d’insertion dans la société ? Y a-t-il moins de jeunes dans nos halls aujourd’hui qu’hier ? Et si oui alors où sont ils passés ? Dans le square d’en face le plus souvent. Plus de 50 ans d’interdiction de consommation du cannabis sans que jamais le débat sur sa légalisation ne puisse être posé, ont-ils fait reculer sa consommation ? La réponse est clairement non. Cette politique répressive qui ne date pas d’hier, n’a-t-elle pas au contraire jeté dans le trafic toute une frange de la population qui trouve là un moyen facile, lucratif et peu dangereux de trouver des revenus ?

Concernant la prostitution et l’interdiction de racolage passif, c’est un peu pareil. L’effet recherché aussi louable soit-il, est il atteint ? La prostitution a-t-elle disparue de nos boulevards ? Et quand bien même aurait elle disparue des trottoirs la prostitution a-t-elle disparue pour autant ? La seule chose dont on peut être certain, c’est que les prostituées sont ainsi rejetées dans la clandestinité et que cela veut dire concrètement pour elles une aggravation du danger, non seulement par la violence physique dont elles peuvent être victimes de la part de proxénètes ou des clients mais aussi par les risques encourus par certaines pratiques non protégées et la difficulté qu’ont les associations d’aide et de prévention à les toucher des lors que ces pratiques sont camouflées.

Pour revenir à l’efficacité de la répression, les diverses études psychosociologiques, ainsi que les différents indicateurs statistiques et cela dans tous les pays industrialisés ont mis en évidence que les mesures centrées uniquement sur une action répressive n’ont que très peu d’influences sur l’activité délinquante et la criminalité. Faut-il encore rappeler les mécanismes psychologiques qui structurent la personnalité de tout un chacun, prouvent qu’il y a peu de corrélation entre "peine encourue" ou la "sentence" et le moment du "passage à l’acte". Ceci dit, et étant connu de tout les spécialistes, il devient évident que la mise en place de quelconque arsenal répressif, qu’il soit distillé ou massif, a pour principale objectif une visibilité populaire de l’activité d’un ministre de l’intérieur. C’est avant tout un acte de stratégie politique. En cela on peut parler de "mesures sécuritaires". Ce n’est pas l’efficacité qui est visée, ou du moins pas celle affichée ou celle pour laquelle elle est prétendument destinée. La prison n’est nullement une assurance pour la réinsertion des délinquants. Elle n’est nullement une méthode permettant de remettre dans le "droit chemin », comme certains ont bien voulu le faire croire pendant des années.

L’incarcération étant dans les faits, loin, d’être ce prétendu rempart à la récidive. Aussi la resocialisation après de longues détentions n’est que bien rarement un succès.

De la même manière on peut s’interroger sur le choix d’une action politique qui se veut être "La Réponse" mais qui de toute évidence, et de manière délibérée, fait le choix de n’agir que sur un seul levier, par un seul moyen " La Répression". Nous devons aussi nous interroger sur cette nouvelle église qu’est la télévision assoiffée d’événement et de scènes d’action. Une action politique, qui fait le choix de l’hyper médiatisation, démontre qu’elle n’a nullement le désir de se pencher et de surcroît de s’atteler aux mécanismes et aux facteurs multiples qui engendrent les situations de délinquances.

Nous savons pourtant bien que ce fameux sentiment d’insécurité, déclamé durant les dernières campagnes électorales, au point d’en faire l’épicentre de tous les débats est bel et bien composé de facteurs multiples, parmi lesquels la délinquance et la criminalité sont en réalités mineurs, tant les autres interviennent de manières subjectives, voire inconsciente et sont par conséquent difficilement repérables ou identifiables par nos concitoyens, qui focalisent leurs angoisses, leurs craintes et leurs phobies sur ce qui est visible. Ces actes dit "d’incivilité" cofacteurs du sentiment d’insécurité ne doivent pas être criminalisés mais servir de levier pour agir sur le terrain de la prévention, et de l’action locale.

La tâche serait bien plus grande, pour un gouvernement et à fortiori un ministre, de s’attaquer aux inégalités, à l’urbanisme concentrationnaire, à une société toujours plus marchande et génératrice de précarité, , à l’éducation, et au cadre de vie en général. S’il y a un facteur dont chacun devrait se préoccuper parce qu’il est garant de la démocratie et de la république et plus globalement d’une vie en société, c’est du soucis de justice et plus précisément de l’accès au droit et de l’égalité de traitement des citoyens face à la justice. En cela, il n’est pas démagogique de vouloir se préoccuper des victimes et d’accroître les moyens en faveur d’une meilleure prise en charge..

Alors au regard de ces quelques réflexions il nous est possible d’affirmer que nous sommes bel et bien dans une société répressive qui ne s’attaque qu’à la partie la plus visible de la délinquance. Celle dont on nous rebat les oreilles à longueur de reportages ou d’articles dans les journaux. Tandis que les proxo ont encore de beaux jours devant eux, les délits d’initiés, abus de biens sociaux, et autres délits, qui ne sont le fait ni des jeunes, ni des roumains, ni des prostituées, ni des mendiants, et rarement de syndicalistes continuent à faire eux aussi la une des journaux mais sans que jamais ne tombe la sanction.

Notons, que juste avant le débat sur les retraites, le gouvernement vient de faire passer discrètement une réforme du code des marchés publics. Le seuil imposant un appel d’offre public, impliquant mise en concurrence des projets, présence de représentants de l’opposition et des services de contrôle de l’Etat est ainsi passé de 45 000 à 950 000 euros. Cette augmentation vertigineuse suggère plus la suppression d’un contrôle démocratique des politiques publiques qu’une volonté affichée d’efficience. Ce texte autorise le gouvernement à modifier le code des marchés publics sans en référer au parlement. Appliqué par exemple aux modifications intervenues dernièrement sur la loi littoral, on peut malheureusement craindre que les affaires liées à la délinquance en col blanc disparaissent de la une des journaux. Elles viennent d’être légitimées.

Le gouvernement continue de vouloir nous faire croire à une société violente et dangereuse alors que jamais nos rues n’ont jamais été aussi sure, même si ça et là, il ne faut pas le nier, se posent des problèmes d’insécurité mais qui sont peut être plus les conséquences d’une société en mal d’éducation qui ne s’attaque pas aux problèmes de fond, d’une société qui préfère criminaliser sa jeunesse plutôt que de s’attaquer aux vrais défis que sont l’éducation et la prévention.

Les postures Sarkoziennes n’y changeront rien !

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