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de 2002 à 2010

Le Fourgon

Témoignage citoyen

samedi 1er juin 2002

Paris 18e, un bar-restaurant musical, multi-tout, connu pour sa tranquillité et son respect de tous, et pour tous les échanges qui s’y font, en termes de cultures et d’identités.
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Ils arrivent, comme dans un film. Chirac nous avait prévenus : insécurité, priorité de la nouvelle « politique » : le barman est pris à partie : « peut-on voir le K-Bis et le registre ? ». Il cherche, ne trouve pas et répond : « ils sont dans l’autre établissement, à vingt mètres, le patron y est, on va le prévenir tout de suite ».

Logique ; seulement, voilà : interdiction à qui que ce soit de sortir pour aller demander au patron de venir apporter les papiers en question. Normal, me direz-vous, ils devraient être là, les papiers, ce qui est vrai, il faut l’admettre.

Seulement, voilà : la vérité était ailleurs : « puisque vous n’avez pas les papiers, nous allons faire sortir tout le monde et fermer l’tablissement. Nous représentons la République ».

Fouille en règle ? Non, fouille de tous ceux qui ne sont pas blancs.

Moi, je suis blanche, clairement blanche, et j’ai la mauvaise idée (que je trouve pourtant très bonne) de le dire à ceux avec qui je me trouve : « tiens, vous voyez, moi, ils ne m’approchent pas, ne me parlent pas, et ne me demandent rien. Je pourrais avoir n’importe quoi sur moi, même de l’héroïne, je passerais sans problème » ; et cela m’écoeurait.

Alors voilà : l’un des officiers, nazillon galonné, qui avait sans doute trouvé très drôle de traiter l’un des serveurs de « pédé » et de « tapette » et de le frapper (dehors, comme il se doit), m’a entendu, m’expliquant qu’il fallait que ce soit une femme qui me fouille.

Je l’ai vue, cette femme, elle ne faisait rien, elle regardait les autres. Il est allé lui raconter mes dires, et me voilà embarquée au fourgon ; avec mon pote « tapette », et un Arabe.

Étrangement, moi, on me vouvoie, eux, on leur dit « tu ». Eux, on les jette dans le fourgon comme des bestiaux, moi, on m’invite à y monter. Lorsque je signale au galonné qu’il n’avait aucun droit de tutoyer ceux qu’il embarquait, je vous laisse deviner la réponse : « j’m’en fous, je prends le gauche ! ».

Interdiction de passer un coup de fil ?

Bizarre, j’envoie un texto, on ne me dit rien (mais peut-être ne savent-ils pas ce qu’est un texto). Je prête mon téléphone à mon voisin ; « qu’est-ce tu fous avec ce téléphone ? » « j’appelle ma femme pour la prévenir que je serai en retard, je devais rentrer, normalement, là » - « j’m’en fous, pour le moment, t’es sous ma responsabilité, pas d’coup d’fil ». Je pose une question simple : « pourquoi est-on là, exactement ? » La réponse est simple aussi, probablement : « je n’ai pas à vous le dire ».

Bien évidemment, j’ai été la première à être invitée à sortir, la « tapette » tout de suite après moi. Par contre, l’Arabe, lui, a été emmené ; vous comprenez, on ne sait jamais, l’insécurité d’abord.

Et puis, bien sûr, la phrase au patron : « on reviendra ».

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