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Vélib ou le droit de non-propriété

(courrier au Nouvel Obs - octobre 2007)

jeudi 11 octobre 2007

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Non sans humour et goût de la provocation, David Abiker a produit dans ces colonnes un billet intitulé « Vélib’ ou le non-droit de propriété ». Raisonnant par l’absurde, il laisse entendre que Vélib’ serait une atteinte au droit (celui de propriété). Nous sommes nombreux à penser qu’au contraire, Vélib’ c’est l’instrument d’une liberté conquise : la possibilité de se déplacer dans la ville, de façon agréable, sans polluer, et libéré des contraintes inhérentes au statut de propriétaire de véhicule.

Alors interrogeons nous plutôt sur les avantages qu’aurait notre société de consommation, outrancièrement gaspilleuse, à chercher d’autres applications de ce droit de non-propriété.

Les avantages sociaux en sont évidents, qui permettent à celui qui n’a pas les moyens de devenir propriétaire d’un bien de pouvoir y accéder malgré tout. Mais les avantages écologiques sont tout aussi importants. Le modèle dominant incite à devenir propriétaire (de sa voiture, de son réfrigérateur, de son ordinateur, de son téléviseur etc). L’état Sarkozy nous promet même une "France de propriétaires" ! Simultanément et paradoxalement, il repose sur une croissance exponentielle de la consommation : on n’en a jamais assez !

Sans même entrer dans le débat, pourtant fort intéressant, sur l’essence même d’une telle société - ni sur la contradiction qui lie pour l’instant vélo en libre-service et publicité - soulignons un des effets pervers de ce modèle. L’intérêt bien compris de l’industriel, qui veut ne pas obérer la consommation de demain par celle d’aujourd’hui, est de fabriquer des produits à faible durée de vie. Si, dans 5 ans, votre téléviseur est obsolète (usure, technologie dépassée, pièces de rechange introuvables, etc.), vous serez incités à en acheter un nouveau, contribuant ainsi à la chaine infernale du gaspillage et de la production de déchets.

Imaginons qu’à l’inverse vous soyez incité à louer votre téléviseur, votre ordinateur, etc. (ce qui existe déjà, bien sûr, mais de façon très minoritaire), l’intérêt de l’industriel est alors de produire un appareil à longue durée de vie, facilement réparable, etc. La course en avant à l’obsolescence est stoppée, et seules de véritables innovations justifient le remplacement de l’appareil. Ajoutons les nombreux emplois d’entretien, réparateurs, etc. ainsi créés et non délocalisables.

Au moment où nous atteignons les limites d’un modèle de surconsommation généralisée, ces réflexions sont particulièrement utiles, bien au-delà de la question des Velib. « La propriété c’est le vol » écrivait Proudhon, et si la « non propriété » c’était l’avenir ?

Denis Baupin

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