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Michel DEGUY dérape à Saint-Germain des Prés

mardi 5 juin 2007

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Michel DEGUY dérape à Saint-Germain des Prés

Une vigoureuse diatribe contre la politique des transports de la Municipalité conduite par Bertrand Delanoë est parue dans Libération le 24 janvier 2007. En fin d’une émission récente de l’esprit public sur France Culture, Philippe Meyer l’a citée et en a fait l’éloge avec de la gourmandise dans la voix et, dans une de ses émissions sur l’architecture et l’urbanisme, Métropolitains, François Chaslin a fait de même. Quand on lit ce texte, on y trouve un salmigondis d’artifices rhétoriques, de confusions en tous genres, d’outrances verbales, d’erreurs factuelles, de partialité bagnolarde accompagnée de mépris pour l’opinion des parisiens et même pour les droits des handicapés. Je vais tenter de un examen de ce texte et, inversant les rôles, corriger la copie de l’éminent poète et professeur qui a eu l’imprudence de s’aventurer dans un domaine qui n’est pas le sien.

Henry Faÿ

En gelant la circulation, la mairie a instauré un « couvre-vie » sur la ville.
La destruction de Paris
Par Michel DEGUY. Écrivain, universitaire, directeur de la revue Po&Sie.

"Paris n’est plus une très grande ville. C’est une agréable cité, qui ressemble à un gros bourg paisible. Souvent le soir, traversant le boulevard Saint-Michel ou le Saint-Germain, à l’heure où Londres, New York grondent, j’aperçois un bus ou deux, vides aux trois quarts, trouant la nuit ; quelques piétons se hâtent chez eux, comme dit le romancier."

Déjà au titre, la destruction de Paris on pourrait répondre que tout ce qui est excessif est insignifiant. Un « gros bourg paisible » ? Vraiment, c’est affirmer n’importe quoi. Où l’on voit que quand on laisse libre cours à sa subjectivité on s’égare facilement. DEGUY parle de Saint-Germain-des-Prés qui n’est pas si désertique, il pourrait aussi parler des Champs-Élysées qui ne désemplissent pas, de la Gare du Nord, la plus grande d’Europe, de l’aspect qu’offre la Gare Saint-Lazare à sept heures du soir.
Dans une émission d’Alain Finkielkraut sur France Culture, il a un jour fait l’éloge des grandes métropoles asiatiques qui sont si excitantes à la vue pour le visiteur occidental en goguette mais qui sont complètement congestionnées et qui pour leurs habitants, sont de véritables enfers ne serait-ce par les temps de transports.

"Les rez-de-chaussée commerciaux ont mis la veilleuse."
C’est tout à fait faux, Monsieur le Professeur. Il n’a qu’à ouvrir les yeux, la vitalité commerciale de Paris est étonnante, c’est incroyable de voir le nombre de commerces de toutes sortes qui se créent chaque jour dans tous les quartiers.

"Les surgelés Picard grelottent."
Que les surgelés Picard grelottent, ça vaut mieux.

" Les SDF déplient leur couchage de carton."
Que les SDF grelottent, c’est plus préoccupant. L’abbé Pierre, ses successeurs et les enfants de Don Quichotte ne seront jamais de trop et c’est un domaine où tout est à faire mais Paris est la ville de France qui en proportion dépense le plus pour l’action sociale.

"J’accuse la mairie de Paris d’ « entrave à la circulation », délit punissable."

Dans l’esprit de Michel Deguy, la circulation, c’est la circulation automobile. Il semble ignorer que la circulation automobile par l’espace qu’elle occupe est aux prises avec une contradiction interne, qu’elle engendre encombrements, pollution, les nuisances et finalement lenteur et inefficacité, que dans aucune ville il n’y aura jamais assez d’espace pour tous ceux qui ont le souhait de circuler en automobile. Les circulations douces, il les méprise cordialement et ce qu’il dit des transports en commun, on le verra par la suite, n’est guère pertinent.

La punition infligée à la Mairie, ce serait un désaveu de l’opinion annonciatrice d’une bonne gamelle aux prochaines élections, or des sondages ont montré que l’opinion est en faveur de ces mesures qu’elle attendait.

"Ils ont voulu la province le tramway obsolète, la plage ou la pétanque, la piétonisation villageoise, les maraudes ou les parcages des gros autocars touristiques, les quartiers chichi, les foires à brocante et à charcuterie."

Quiconque fait le bilan des activités culturelles, musique, opéra, théâtre (cinquante théâtres privés à Paris), cinéma (Paris, capitale mondiale incontestée de la cinéphilie), musées y compris ceux quoi sont rouverts ou nouvellement créés, expositions sensationnelles, manifestations ne pourra pas dire qu’ « ils » ont « voulu la province ». C’est de la vaine polémique, une injustice totale et un total mépris des faits. Le tramway n’est absolument pas obsolète, c’est être obsolète de penser ainsi, c’est confondre le tramway pittoresque et brinqueballant qu’on trouve encore à Lisbonne et qui grimpe avec vaillance sur les collines de la ville avec les tapis roulants hight tech dont s’équipent de nombreuses villes soucieuses de la qualité de la vie et d’efficacité dans les transports publics. La plage (Paris plage) c’est très réjouissant, peut-être un peu trop peuple pour l’intellectuel germanopratin. La piétonisation n’est absolument pas villageoise, ou alors Francfort-sur-le-Main, capitale allemande de la finance, est un village, DEGUY n’a qu’à aller y faire un tour pour s’en rendre compte. Les parcages des gros cars touristiques datent de bien avant l’accession de Bertrand Delanoë à la Mairie de Paris. Ils ont leur utilité, le tourisme n’étant pas une activité économique négligeable. Quels quartiers sont chichis ? En quoi le sont-ils ? Et qu’est-ce que ça veut dire chichi. C’est de la ronchonnerie caractérisée teintée de mépris. Qu’est-ce que DEGUY a contre les foires à brocante qu’on trouve dans toutes les villes du monde et qui sont tout à fait réjouissantes ? Elles ont entre autre le mérite de sauver de la casse des objets anciens qui peuvent avoir une certaine valeur artistique. Elles rendent service aux vendeurs comme aux acheteurs. Qu’est-ce que DEGUY a contre la charcuterie à moins qu’il ne soit musulman, juif pratiquant ou végétarien ?

"Le commerce a horreur du vide ? Qu’on lui donne (?) les grandes places et les larges trottoirs ; couverts à chaque fête (c’est tout le temps) de baraques de bois accolées où les crêpes, boudins et autres pots d’étain, attisent la convoitise de l’ occasion. La fripe a rasé la librairie au Quartier-ex-latin ; la plus-belle-avenue-du-monde (sic) est affermée par la boutique."

Si on considère toutes les institutions vouées au savoir et dont le prestige ne se dément pas, le Quartier Latin reste bien le Quartier Latin. La fripe ou plutôt la fringue, désolante en effet qui a envahi le Quartier Latin, il serait bien injuste de l’attribuer à Bertrand Delanoë, le mal a été fait bien avant lui sous Chirac et Tiberi en particulier mais je lui ferais observer que si le Boulevard Saint-Germain est de ce point de vue sinistré, les petites rues adjacentes résistent très bien, on y trouve d’excellentes galeries, de magnifiques librairies de livres anciens et modernes, d’admirables antiquaires et toutes sortes de merveilles imprévues. Quant à la plus-belle-avenue-du-monde, je ne vois pas en quoi la boutique pourrait lui nuire, elle est faite pour les accueillir depuis que les belles demeures aristocratiques ont cédé la place aux immeubles de rapport.

"Faute d’agrandir Paris en annexant la banlieue, on a transformé Paris en banlieue. Huit millions d’urbains sont traités de, et en, banlieusards ; et les intra-muros, ces malheureux deux millions immuables bouclés à jamais dans leur ceinture et leur périphérique, obéissant à une poignée de dogmatiques omnipotents, subissent, paralysés, une transformation dévastatrice de leur Ville."

Agrandir Paris en annexant la banlieue, c’est un programme qui dépasse les attributions de l’actuelle municipalité de la Ville de Paris, qui sans doute en rêve et qui fait des efforts de concertation avec les municipalités voisines. Les deux millions immuables ne sont pas si malheureux que ça, s’ils l’étaient, ils ne payeraient pas aussi cher pour être ainsi bouclés. Quant à la transformation dévastatrice, je voudrais bien qu’on m’explique un peu ce que ça peut bien être.

"On a détruit les grandes et belles avenues, jadis à la fois encombrées et rapides, les voici découpées en couloirs incompréhensibles, obstruées de trottoirs médians au profit de sinistres allées centrales avec leurs arrêts de bus en guérites-miradors au milieu de la chaussée. Partout les panneaux contradictoires, les Decaux exhibitionnistes, les interdictions peintes sur le bitume. La ville fléchée à mort se traîne.
Montparnasse, Port-Royal, Gobelins, Saint-Marcel, Rivoli, Magenta, Sébastopol, Jean-Jaurès, l’axe Pigalle-Père-Lachaise, des kilomètres d’autres voies étranglées. Tout doit s’enfiler dans une interminable queue leu leu monomaniaque d’un exode harassé. A contresens, ils ont réussi cette prouesse d’installer à la fois la thrombose latérale et le vide central, le bouchon et le désert ! Les deux mauvais opposés se gênent, conjuguant le pire, au lieu que les deux beaux contraires associés s’ajointent, la « spaciosité » avec l’animation."

On n’a absolument pas détruit les grandes et belles avenues, qui étaient jadis encombrées et pas rapides du tout, d’ailleurs celles qui n’ont pas été aménagées sont toujours encombrées et toujours pas rapides. On les a considérablement améliorées, moi qui habite près du Boulevard de Magenta, je peux en témoigner. On y a planté des arbres, créé des pistes cyclables, l’opération était audacieuse, le résultat est très convaincant, il plaît beaucoup aux riverains qui en aucun cas ne voudraient qu’on revînt en arrière. Ce Boulevard de Magenta qui était un cauchemar pour ses riverains a retrouvé une certaine aménité, les terrasses de café sont devenues sympas, les boulangeries-pâtisseries en profitent pour installer des terrasses devant leurs boutiques. Quant aux interdictions peintes sur le bitume, il y en a toujours eu. Je note que la réaménagement du Boulevard de Magenta est une réalisation que l’opposition de droite se garde bien de contester. J’ai une note qui précise que sur cette artère, la vitesse moyenne de circulation est passée de 9,5 km/h à 11 km/h. Les mesures acoustiques montrent, je vous épargne les chiffres, que le bruit a baissé de plusieurs décibels. 278 locaux commerciaux nouveaux ont vu le jour. Le chiffre peut paraître important, je peux témoigner que les emplacements commerciaux sont tous occupés et que je n’y ai vu aucun calicot avec la mention « bail à céder ».

"Dans la rue du Bac, un de nos rares axes Nord-Sud, et qui va se rétrécissant du Saint-Germain à la Seine, il n’y avait que deux files, et déjà saturées ; on vient d’en supprimer une, en « autorisant le stationnement à seule » fin d’enrayer plus encore le débit !"

C’est bien mal connaître la géographie de Paris que de prétendre que la rue du Bac est un des rares axes Nord-Sud. Il en est de plus conséquent. C’est une idée sinistre et absurde de faire de cette merveilleuse rue à la fois pieuse et aristocratique, lieu de pèlerinage et rue musée, sous ma plume, c’est laudatif, où il est si agréable de faire du lèche-vitrine haut de gamme un axe Nord Sud pour les automobiles. Si on voulait faire quelque chose de bien pour cette rue, il faudrait la piétonniser définitivement. Il en serait de même, par exemple, pour la rue de la Gaîté qui est d’un autre style mais qui deviendrait un lieu merveilleux si on en virait les bagnoles et les sex-shops à supposer que la législation pour ces dernières le permette.

"A-t-on augmenté le nombre des taxis et des bus ? Nullement. A Londres, ils se touchent ; à New York on ne voit qu’eux. Ici on les cherche."

Les bus ne dépendent pas de la municipalité, ils sont sous la responsabilité d’un gouvernement de droite et qui s’est montré peu soucieux de rendre la vie facile à une municipalité de gauche. Attendons de voir si le nouveau gouvernement qui met l’écologie parmi ses priorités fera mieux. Les taxis sont peu nombreux, c’est tout à fait exact, mais on touche là à une des plus graves blocages de notre société. Ce n’est pas à Bertrand Delanoë qu’il faut demander des comptes mais à Charles Pasqua qui a officialisé le détestable système des plaques, le rendant plus intouchable que jamais. Qui s’y frottera, de toute évidence, s’y piquera.

"Il n’y a que le métro qui fonctionne bien, où l’on s’entasse. Tout ça pourquoi ? Pour les vélos, les rollers, le jogging. Ils remodèlent Paris pour le dimanche des cyclistes et des familles. Pour cent vélos et quelques patins, ils vont fermer les voies sur berge et rêvent de « piétonniser » la Concorde. Le piéton roi a la priorité absolue, ce monstre légal, cette faute de jugement."

Le vélo, les patineurs ce n’est pas que pour le dimanche. Fermer les voies sur berges, c’est restituer dans sa plénitude un des plus beaux sites urbains qui soit, défiguré par cette détestable autoroute urbaine, un des plus graves saccages qui ait été commis. Piétonniser la Concorde, c’était une très bonne idée, elle était de Jean Tiberi, c’est l’équipe de Delanoë qui l’a abandonnée au tout début de la mandature, on peut le regretter. Plût au ciel que le piéton fût roi. Le piéton, c’est vous et moi, c’est encore le plus légitime des utilisateurs de l’espace urbain, le plus doux, le plus aimable, le plus disponible, le plus sensible à le beauté des lieux et la marche est un excellent moyen de déplacement, comme on s’en rend compte les jours de grève des transports publics. Le monstre, c’est la brutale cohorte des automobiles dévoreuses d’espace ce qui d’ailleurs apparaît souvent dans les commentaires des étrangers qui visitent Paris, ils disent que c’est une ville invivable et brutale.

"Est-ce au nom d’un principe de réalité ? Au contraire. Ni de plaisir. Parce que le Parisien n’est pas, et ne veut pas se faire cycliste. Le Parisien n’est ni hollandais ni chinois. C’est dommage mais c’est comme ça."

Au nom de quoi DEGUY se fait-il l’interprète autorisé de la volonté et de la nature vélo-non-compatible des Parisiens ? Jusqu’à présent, les circonstances étaient défavorables à la bicyclette mais si ces circonstances changent, pourquoi ne pas faire le pari que les parisiens seront séduits par ce mode de transport simple, silencieux, économique, efficace et agréable et bien adapté à une ville de dimensions moyennes ?

"Premièrement il a « peur » ; il croit que l’automobiliste veut sa mort. Deuxièmement, on l’a persuadé que l’air était irrespirable ; ce qui est entièrement faux. (Attention : c’est un cycliste qui vous parle.) On ne s’étouffe que dans le métro."

Les voies cyclables sont justement faites pour que le cycliste ou celui qui aspire à l’être ait moins peur.

"La Ville lumière est passée au couvre-feu, couvre-vie. Or ce qui compte, c’est l’animation. La vitalité d’une grande ville se mesure aux déplacements qu’on y doit et peut faire. Une ville mondiale n’est pas faite pour la promenade, le lèche-vitrines, les touristes. Attrape soldes ou vacanciers, ils sont surnuméraires, parasitaires... Très importants, certes, mais secondaires. Le tourisme n’est pas le but, mais la bonne conséquence. Il ne faut pas prendre la marge pour le centre ; erreur la plus répandue aujourd’hui."

Absolument rien ne permet de dire que la Ville Lumière est passée au « couvre-vie ». C’est une affirmation totalement gratuite, tout prouve le contraire. Rien ne dit que le nombre de déplacements a diminué, une étude de l’Observatoire des déplacements à Paris montre que la vitesse des automobiles dans Paris intra-muros a baissé de 1992 à 2001, passant de 21 à 16,5 km/h et qu’elle est restée stable à environ 16,5 km/h de 2001 à 2004. C’est incroyable, ce dogmatisme avec lequel DEGUY prétend savoir pourquoi est fait et n’est pas fait une ville mondiale. Je ne vois pas pourquoi dans une ville très active la promenade, le lèche-vitrine qui favorisent le commerce donc l’activité économique ne devraient pas être favorisés. Le tourisme est une activité qui va bien avec le statut de ville mondiale, une ville mondiale doit être admirable, on veut la voir et la connaître mieux, cette activité est importante en particulier pour l’emploi mais aussi pour les recettes financières qu’elle procure. Son développement peut, si on a quelque sens des réalités économiques être considéré comme un but.

"Paris n’est pas une plage, ni une station de ski ; Paris-pétanque, Paris-pêche, Paris-pique-nique, ce n’est pas le programme."

Mais qui a dit que Paris était une plage ? Ce n’est pas parce qu’on reprend pour quelques semaines à l’automobile de l’espace qu’elle a accaparé pour la détente à la belle saison que Paris devient une plage. Et qu’est-ce que ça veut dire, « ce n’est pas le programme ». Qui donc est ce DEGUY pour dire ce qu’est et ce que n’est pas le programme ? A-t-il obtenu la majorité aux élections ?

"L’activité primaire, comparable (banalement) à celle d’un organisme, un scanner imaginaire en montrerait les vecteurs et les synapses d’échanges fourmillants, proliférants, inlassables. L’activité requiert la circulation. Il faut donc remettre en jeu « contradictoirement » les deux conditions de celle-ci : la « spaciosité » et la sanction contre les « stationneurs » abusifs. Démolir tout ce qui réduit la largeur des voies et des vues, et punir durement les « obstructeurs ». Rendre à la circulation, au bon stationnement, et aux bons « embarras de Paris » un maximum de surface, ce qui implique de démolir les obstacles, les privilèges d’acier, recoins, vestibules en pavé, ronds-points accapareurs, barrières plantées, trottoirs géants ; et conjointement traquer le parking sauvage et redompter le piéton-qui-a-tous-les-droits. Ne pas configurer la rue « pour » l’exception (l’invalide du coin, le corps diplomatique infatué), mais pour l’aisance générale. Faire monter le contentement et non la « râlerie », faciliter la danse des citoyens enlaçant leur ville."

On voit que DEGUY sacrifierait sans états d’âme la qualité de la vie et l’esthétique de la ville (trottoirs géants, barrières plantées, ronds-points « accapareurs ») à l’activité économique. L’activité requiert la circulation, certes, c’est pourquoi le tout-automobile est si néfaste parce qu’il provoque inévitablement thrombose et inefficacité globale, lui qui dit aimer les grandes métropoles asiatiques le sait bien. Il y a un bon moyen de concilier qualité de la vie et efficacité économique, c’est mettre en cause l’hégémonie de l’automobile. Et si le professeur poète s’attaque à l’invalide du coin, c’est-à-dire aux handicapés, il va avoir quelques problèmes avec les associations. Il n’a pas intérêt à participer à des réunions publiques, il risquerait alors de recevoir quelques tomates pourries. Il devrait aussi savoir que s’attaquer aux véhicules des handicapés, c’est aussi d’attaquer aux poussettes, donc aux enfants en bas âge, donc aux jeunes ménages et à la vitalité démographique de la ville. Faire monter le contentement, c’est bien ce que réussit à faire le Maire de Paris puisque plusieurs sondages ont montré, à la surprise de leurs commanditaires, et peut-être à leur déplaisir, que la majorité des parisiens, 52% d’après ce que j’ai lu dans le Nouvel Obs d’octobre 2006 approuvent sans ambiguïté la politique de restriction de l’automobile et demandent qu’elle soit poursuivie et même accentuée, la place réservée à l’automobile étant pour une majorité des sondés trop importante.

Pour ce qui est de la danse, je n’ai encore jamais vu de chorégraphie où les danseurs sont véhiculés et je crois qu’on danse mieux à pied, avec des patins et un vélo qu’engoncé dans une automobile qu’on ne sait jamais où garer.

"On a tout investi dans la voirie pour la saccager, rien dans le logement. Des millions d’euros furent coulés dans le bétonnage d’obstacles, l’« insularisation » des « quartiers », le « labyrinthage » des circuits ; mais les hôtels insalubres brûlent, les églises ou les gymnases sont occupés, les loyers montent."

Je n’ai pas les chiffres mais l’examen du budget de la ville montrerait que ce n’est pas exact. Que les loyers montent, aussi désagréable que soit le phénomène, doit être interprété comme une preuve de succès de la politique, c’est que cette ville qualifiée de déclinante et même d’infernale est en fait très recherchée. Que les églises soient occupées, d’une part ça n’arrive pas tous les jours, d’autre part cela témoigne d’une certaine vitalité de la contestation, donc de la vie civique ce qui est sain et rassurant. C’est aussi la preuve que les plus pauvres n’ont pas renoncé à la ville.

"Il faut « construire » mais du logement social, de l’habitation modérée, des cités universitaires. Il faut ouvrir la ville à ses confins, et réinventer de beaux monuments. Ou renoncer à la gloire et à la modernité. Ce qui précisément arrive : le Comité olympique ne s’y est pas trompé."

Je crois que la municipalité souscrirait à ces objectifs et qu’elle n’est pas inactive en ce domaine. De beaux monuments, ou qui ont l’ambition de l’être il y en a, par exemple la passerelle qui relie Bercy à la Grande Bibliothèque, le Musée du Quai de Branly, d’autres plus discrets néanmoins remarquables. Pour ce qui est du choix du Comité Olympique, il n’est pas en ce domaine significatif, Paris, sur le plan des monuments modernes ne fait pas mauvaise figure par rapport à Londres et il semble que de sinistres magouilles aient présidé à la décision qui a fait échouer notre ville. En outre mettre l’accent sur les qualités de la capitale britannique ne signifie pas que l’on nie les mérites de la capitale de la France.

"Tant qu’il y aura de l’auto-mobile, de tout format, c’est-à-dire vraisemblablement encore pendant tout le siècle, il est capital (c’est le cas de le dire) que les flux de circulation aient leur fluidité. Si vous ne voulez pas que les moteurs à explosion polluent, ce n’est pas le « transport » et ses véhicules qu’il faut entraver, ce sont les machines « à essence » qu’il faut remplacer. Inventez ! Et comme il y eut des milliers d’attelages dans une belle odeur de crottin ( « sentez-vous » les vieilles cartes postales haussmanniennes ?), il pourrait y avoir des dizaines de milliers de « voitures » d’un troisième type. Ce n’est pas le voiturage qui doit disparaître pour une cité inanimée, interdite comme dans le tableau fameux, c’est le gaz d’échappement ! Une métropole doit demeurer un tourbillon attractif ; le mouvement l’emporter en avant."

Remplacer les machines à essence par des dizaines de milliers de voitures d’un troisième type, c’est l’utopie d’un certain Jeremy Rifkin, je crois, avouez que ça sort des attributions et des compétences de la Mairie de Paris et qu’en plus, ça ne résoudrait pas les problèmes d’encombrement. En attendant que des inventions miraculeuses aient lieu, il n’est pas mauvais de calmer sensiblement la circulation automobile à Paris qui a atteint des niveaux excessifs, de promouvoir les circulations douces, les transports en commun et de se soucier de la qualité de la vie, que cela plaise ou non à quelques ronchons rétrogrades lettrés et distingués.

Henry Faÿ
Téléphone 01 45 23 33 85
Adresse électronique hfay club-internet.fr

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