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Forum pauvreté des Verts Paris - 16 septembre 2006

La santé, révélateur et facteur d’inégalités

4 questions à Bernard Jomier, adjoint au maire du 19e arrondissement en chargé de la santé et des risques environnementaux

jeudi 26 octobre 2006

Invité-e-s :
Dr Mady Denantes, Médecins du Monde, Comité des généralistes pour l’accès aux soins
Philippe Lefebvre, vice-président de l’Institut Renaudot
Didier Maille, Observatoire de la santé des étrangers en France (ODSE) et Comité médical pour les exilés (COMEDE)
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Temps Vert. La santé, révélateur et facteur d’inégalités, qu’est-ce que ça signifie ?

Tout le monde connaît l’adage selon lequel il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade. Ce qu’il ne dit pas, c’est que quand on est pauvre on est plus facilement malade. Mais aussi que quand on est en mauvaise santé, eh bien on est plus souvent pauvre. Pourquoi ? Parce que le lien entre la précarité et la maladie fonctionne à double sens. L’un entretient et perpétue l’autre. Si on est dépourvu de moyens économiques, on accède moins bien aux soins, et en particulier aux actes de prévention et d’hygiène non pris en charge par l’assurance maladie. Et cet état de santé dégradé complique l’insertion professionnelle, économique et sociale.

T.V.Ce lien entre la précarité et la santé concerne même les enfants ?

A Paris, une étude a été faite sur les quartiers classés en politique de la Ville. Le taux de caries chez les enfants de 6 ans est 2 à 3 fois plus élevé dans ces quartiers que la moyenne parisienne. Tous les indicateurs de santé vont dans le même sens. Le saturnisme, comme l’a rappelé Maddy Denantes (ancienne présidente de l’association des familles victimes du saturnisme) lors de la convention du 16 septembre, touche exclusivement des populations pauvres, bien souvent immigrées, du nord-est parisien. Cette maladie grave est profondément révélatrice des inégalités dont les plus défavorisés sont victimes. Jamais notre société ne tolèrerait qu’une maladie frappe aussi gravement les enfants sans réagir pendant des années si ces enfants grandissaient dans des beaux quartiers et des familles aisées. A Paris, la lutte contre le saturnisme a réellement progressé depuis 2001, mais on attend encore trop pour agir : il faut que les enfants soient fortement intoxiqués par le plomb pour se décider à reloger les familles, alors qu’il faudrait agir dès que le risque est identifié.

T.V. Quels sont les principaux problèmes d’accès aux soins ?

Il y en a beaucoup. Le dispositif de la CMU fonctionne plutôt bien malgré des refus de soins inacceptables de professionnels de santé. Par contre, le dispositif d’AME - qui s’adresse aux étrangers sans titre de séjour- est chaotique. Didier Maille, de l’observatoire du droit à la santé des étrangers, a relevé avec justesse que l’AME concerne environ 180 000 personnes. Ce n’est rien dans un pays où plus de 60 millions sont affiliés à l’assurance maladie ! Intégrer ces 180 000 personnes dans la CMU améliorerait fortement leur accès aux soins et ne coûterait rien. Le seul obstacle est le manque de volonté politique. Les migrants ont par ailleurs d’autres difficultés pour accéder aux soins ; par exemple le taux de dépistage du cancer du sein chez les femmes migrantes est très bas à Paris. La prise en compte des déterminants sociaux et culturels dans les programmes de santé publique doit être améliorée. Et puis il y a aussi une frange de population qui n’a pas droit à la CMU et n’a pas les moyens de payer une mutuelle. Qui sait que le plafond des revenus pour obtenir la CMU a été mis à 10 euros en dessous du minimum vieillesse et de l’allocation adulte handicapée ? Evidemment, c’est pour exclure toutes ces personnes de la CMU. Et les aides à la mutuelle qui existent sont insuffisantes.

T.V. C’est de la responsabilité de l’Etat ?
Oui, mais rien n’empêche une collectivité locale d’améliorer les dispositifs d’Etat. Les questions de santé sont d’ailleurs de plus en plus traitées par les élus locaux. Les citoyens revendiquent aussi - et c’est heureux- de participer à l’élaboration des actions de santé publique. Philippe Lefebvre, vice-président de l’institut Renaudot spécialisé en santé publique, indiquait que le bassin de population adéquat est de 50 000 personnes pour une coordination efficace des différents acteurs. A Paris, ça peut correspondre à quelques quartiers ou plusieurs arrondissements selon les cas. En tous cas, il est difficile de lutter efficacement contre les inégalités de santé sans des diagnostics locaux précis et un engagement de tous, bien au-delà des seuls professionnels. Il devient urgent que la Ville s’engage en ce sens.

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